La première chose que j'ai faite en me levant ce matin, c'était d'aller allumer la chaîne-hifi de la chambre – Matthias était déjà en train de fumer une cigarette sur le balcon – et de scruter Tokyo qui se réveille.
« Tu vas tuer tes poumons. »
« Maintenant que je suis au Japon, j'ai rien à perdre. »
« Ah ouais ? Même pas June ? »
« ... Tais-toi va. »
June, c'est la fille dont Matthias a des vues depuis plusieurs mois. Ils se sont rencontrés à la Fac cette année, par un ami qu'ils avaient en commun. Et il est sûr de se prendre le râteau du siècle. Pourtant il a absolument tout pour plaire ; ses cheveux châtains avec son éternelle frange sur ses jolis yeux verts, bien fichu, grand, avec ses éternelles chaussures de skate rongées par tous les côtés, et ses tee-shirts multicolores made in Japan.
« Tu comptes lui ramener quelque chose d'ici ? »
« Ca ... Te regarde pas >_<. »
« On va faire les magasins tout cet après-midi, tu vas bien lui trouver un truc kawai ! »
Il n'est que onze heures trente lorsque tous mes vêtements sont pliés ( enfin plier est un grand mot. ) dans ces fichus tiroirs et posés sur les cintres. Matthias est parti réserver une table pour deux à l'accueil. J'ai à peine eu le temps d'appeler mon grand frère, et en plus c'était pour me faire jeter parce que, tête en l'air que je suis, j'ai oublié le décalage horaire, donc il devait être ... Autour de trois heures du matin en France. Surtout qu'il dirige une grande entreprise, et il ne doit pas dormir souvent. Je regarde une dernière fois par le balcon la grande-vue sur Tokyo. Je ne sais pas, mais j'adore regarder ces voitures devenues minuscules vu la hauteur où nous sommes dans l'hôtel avancer toutes les cinq secondes, de voir la ville en grand éveil. Paris à côté, avec ses banlieues crades et dégradées, c'est rien à côté de ça.
« T'es content hein, t'as eu ta dose de bombes françaises. »
« Tss, n'importe quoi Erika. Elle arrivait pas à s'expliquer avec un serveur, alors je suis allée l'aider. »
« Je croyais qu'ils parlaient tous anglais ou même français ici ... »
« Bon, tu vas pas remplacer ma mère hein, alors choisis ce que tu veux manger qu'on parte vite faire les magasins ! »
« A vos ordres, Chef ! »
Je n'ai pas vraiment faim. J'ai seulement prit un plateau de Sushis, avec un peu de riz et une sauce ... Bizarre, et pourtant c'est très bon. Matthias a prit le plus gros plat qu'ils avaient ; je ne sais plus comment ça s'appelle, mais il va regretter d'avoir autant manger, il va vouloir squatter tous les WC des boutiques cet après-midi, je le sens venir.
On remonte une dernière fois dans nos chambres, pour prendre Carte bleue, sacs, porte-feuille, etc. On file dehors le plus vite, la grande pendule de l'hôtel affiche 13h30. Ça va, on a été servis super vite, donc on a jusqu'à sept heures maximum pour se faire une grande partie de Tokyo !
Un truc assez impressionnant, c'est qu'on s'aperçoit que, à chaque coin de rue, il y'a d'énormes panneaux numériques affichant des pubs pour de la nourriture ou des boissons, des promos pour des artistes, et même les informations en direct ou des chaînes de clips vidéos, c'est géant d'avoir ça en grand dans les quartiers. Le premier magasin où je rentre est une taverne à CD, le rêve pour moi. Matthias est parti à la boutique d'à côté qui ne vend que des mangas, en bon petit Otaku qu'il est. Je ne dois surtout pas le perdre, parce que de un je vais flipper grave, toute seule dans une ville si grande ou je ne comprend pas la langue d'origine, mais en plus, perdre Matthias, c'est comme perdre un gosse de cinq ans tellement il est imprévisible, et je pèse mes mots !
Le vendeur s'approche de moi, alors que je suis en train de chercher n'importe quel nom de groupe ou de chanteur que je connaisse.
« Can I help you ? »
« Euh ... Japanese Groups ? »
Il me rend un petit sourire affectueux, et me dirige de l'autre côté du magasin ; le Paradis. Des dizaines de dizaines de rayons de centaines d'artistes.
« Tout est là. Vous recherchez quelqu'un en particulier ? » ( nda : Il parle toujours anglais hein, mais c'est moins chiant pour vous et pour moi de traduire en anglais. )
« Pas vraiment, mais ... » ; Un son me tire de mes pensées. Il y'a un bel écran plasma dans la pièce, qui diffuse les clips du moment sur une chaîne connue.
« Vous la connaissez ? »
« C'est Ayumi Hamasaki, non ? »
« Ah ! C'est rare que des gens venus d'ailleurs qu'au Japon la connaisse, ça fait plaisir à entendre ! »
Cet homme est vraiment très attachant. On discute encore quelques minutes, il m'a demandé d'où je venais et quels étaient mes arguments au point que je vienne au Japon pendant un mois. Puis le téléphone du magasin a sonné, et il m'a laissé seule. Je regarde encore un peu la télévision, juste comme ça, sans vraiment réfléchir. Puis je me replonge dans ce bac à CD.
C'est magique tout ce qu'il y'a, ils n'en vendent pas le quart en France, c'est super. Tout est rangé dans l'ordre, bien comme il faut, ça fait plaisir à regarder et surtout, à chercher. Je sens quelqu'un taper sur mon épaule.
« Eh ben, t'as pas encore finit ? »
« ... Matthias ? » ; Je me retourne. Il me lance un sourire ultra rayonnant, ses deux mains prises dans deux sacs remplis de bouquins.
« Hey, me regardes pas comme ça Erika, c'était plus fort que moi d'en acheter ! »
« M'ouais, m'ouais. Moi j'ai toujours rien trouvé ... »
Tiens, un CD mal rangé – Oui oui, ça choque ici.- La couverture est super bien travaillée, c'est coloré de partout, c'est joli.
« Mi-ya ... Miyavi. »
« C'est bien Erika, t'arrives à aligner trois syllabes : o. »
« Tais toi ! On l'avait pas entendu la dernière fois à la radio ? »
« Si. Et c'était moi, ou t'avais bien aimé ? »
« Ouais, c'était ... Cool. »
Je ne sais pas pourquoi, j'étais comme émantée par ce CD. Je l'ai même acheté, ouais, acheté. C'est bizarre comme sensation, c'est comme si j'ai besoin d'écouter ce mec. Pas que je n'aime pas ni rien, mais pourquoi avoir un déclic maintenant, et pas il y'a trois ans, quand j'ai écouté pour la première fois ? Je me fait peur toute seule pour des trucs qui n'en valent même pas la peine.
Plus on avance et plus je rêve à chaque boutique ou l'on rentre. C'est marrant aussi de voir des gens tantôt Gothique, tantôt Punk, ça change totalement des pays Européens la façon d'être dans la vie courante. On trouve un Macdo' vers 16 heures, et vu que je crève de faim, on y rentre sans y remédier à deux fois ; on prend vite fait un Mcflurry et une boisson, et hop, pas le temps de se poser cinq minutes, on retourne à nos achats. J'achète n'importe quoi : Des portes-clefs, des tee-shirts, des sauces épicées, et je vais même jusqu'à aller acheter une mini carte USB pour mon téléphone portable, comme s'il n'y en avait pas en France ... Enfin, des vertes, non ça n'existe pas en France.
J'ai les pieds complètement morts. C'est encore pire que si j'avais fait vingt kilomètres de marche dans la montagne. Et mes petits converses à moitié dépravées n'arrangent pas grand chose, je sens déjà les ampoules arriver sur mes orteils. Mes mains sont encombrées de je ne sais pas combien de sacs, tous plus ou moins lourds suivant ce que j'ai acheté.
Il est exactement vingt heures quand on arrive à l'hotêl, et par chance deux hommes de mains circulaient dans la salle de réception pile au moment ou nous entrions. Ils ont prit le trois quart de nos affaires et nous l'ont monté dans la chambre. Ca c'est trop cool.
Je suis la première à aller me doucher, j'en peux plus. J'ai encore plus mal aux pieds que tout à l'heure et j'ai l'impression de marcher sur des épines à chaque pas que je fais. Matthias me préviens de ne pas me mettre en pyjama, parce que ce soir, on sort ... Encore ? Pas que j'ai pas envie, mais je sens qu'à la fin du voyage, on va m'amputer de mes deux jambes !
« Et on va où ? »
« Quelque part ... »
« Super drôle Matthias. Dis moi, j'ai pas envie qu'on marche encore trois ans. »
« Je voulais te faire une surprise mais bon, ce soir, je t'amène au grand restaurant où t'avais flashé tout à l'heure en ville ! »
« Le super-méga-géant-trop cher ? »
Il va quand même pas nous payer un repas là bas, ça coûte la peau des fesses rien qu'avec les prix affichés dehors.
« Ouais, le méga cher. C'est bon me fait pas cette tête là, au moins qu'on aille manger dans un resto de riches une fois dans notre vie, non ? »
« C'est plus que les riches là, la plupart des stars en vadrouille sur Tokyo mangent là bas >_<. »
« Oh ... Tu verras peut-être l'autre là, Miya ... »
« Me gonfle pas avec lui maintenant ! »
Comme si j'avais besoin qu'il me reparle de ce chanteur, c'est bon j'ai acheté un CD de lui, il va pas me faire un monde pour ça, si ?
Bref, on appelle un taxi vers 20h45, il est en bas même pas cinq minutes après. On ne dirait vraiment pas qu'on va dans un restaurant hyper cher, mais plutôt dans la friterie du coin ; Matthias porte des tongs, si si je vous jure, des tongs. Quoique moi avec mes Docks vertes rafistolées de partout, j'ai pas à parler.
Comme toujours, le trajet est super agréable, le chauffeur est chaleureux comme pas deux, il nous pose des questions, nous parle un peu de lui, c'est super convivial. Il nous dépose devant le restaurant, et vu le petit rire qu'il nous lance, il doit croire qu'on est débiles au point de ne pas savoir convertir l'euro en Yen.
Un homme nous ouvre la porte, en nous disant des politesses, en japonais bien sûr. La salle est immense ; il y'a un petit groupe qui joue de la musique de variété pour mettre de l'ambiance, une sorte de petite scène en face des tables, il y'a même une mini cascade au fond faite en pierre, elle est magnifique. Tout le monde est habillé sur son trente et un, et pour le coup je me sens un peu plouc habillée comme ça dans un endroit aussi chic. L'homme à l'accueil vient nous accueillir, par chance il arrive à aligner quelques mots en français, et nous installe à une table.
« On va payer cher, je le sens. »
« Erika, déstresse ! C'est pas grave, on est pas venus ici pour compter goutte à goutte l'argent qu'on doit utiliser, non ? »
« Je sais mais bon, j'ose pas imaginer la no ... »
J'entends une voix derrière, qui me semble connue. Je me retourne : Personne. Matthias me regarde bizarrement.
« Hey, ça va pas ? »
« J'ai cru entendre quelqu'un que je connaissais. »
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Listen : The Revenant Choir - Versailles.
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Euhm, ça va commencer à devenir intéressant là, mais je n'en dit pas plus ! La suite toujours pas avant 30 commentaires.
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